Doris-Lussier
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Bienvenue à la section Doris-Lussier
Présidente : Agathe Boyer (450) 461-0075
Vice-président : Roger Fournier
Secrétaire : Nicole Proulx (450) 465-5874
Trésorier : Paul Côté
Conseiller jeunesse : Charles Fraser-Guay
Conseillers : Gisèle Belzile, Jean L’Heureux, Fabienne Levac et Olivier Lemieux.
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Remise de bourse à deux élèves du Collège Durocher
Brossard, le 8 juin 2010 – Cette année, la Société Saint-Jean-Baptiste (section Doris-Lussier) a eu le plaisir de remettre des prix à deux élèves méritants du Collège Durocher de Saint-Lambert.
Ces élèves avaient participé à la 23e Francofête en éducation, édition 2010, en rédigeant un texte avec les dix mots-vedettes de cette année : baladodiffusion, crescendo, fuser, héliotrope, hop, marche, mobile, remue-méninges, tourbillonner, variante.
La présidente de la section Doris-Lussier, madame Agathe Boyer, a remis une bourse de 125$ à Catherine Langlois, gagnante du premier prix, et de 75$ à Jérémie Houle, qui a remporté le 3e prix. Madame Boyer a félicité ces jeunes et leur professeure Johanne Mondou pour leur intérêt envers la langue française : « Il y a lieu de se réjouir fortement de la qualité de votre engagement envers la culture française au Québec. »
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La Chasse-Galerie
D’après le récit d’Honoré Beaugrand publié en 1900.
Partout au Québec, au milieu du 19e siècle, l’industrie du bois battait son plein. Dès qu’ils savaient tenir une hache, les hommes vaillants partaient aux chantiers après les récoltes où ils abattaient des arbres jusqu’à la fonte des neiges. Vivant dans des cabanes rudimentaires, les bûcherons trimaient dur et s’ennuyaient terriblement de leurs femmes et de leurs « blondes »surtout dans le temps des fêtes. Cette histoire de chantier est la plus célèbre du Québec et compte de nombreuses versions. Elle est ici racontée par le « couque », le cuisinier, qui était le personnage le plus estimé des chantiers de coupe du bois : en plus de préparer les repas, il était presque toujours un conteur expérimenté et il savait meubler les longues soirées d’ennui.
Avez-vous déjà entendu parler de la chasse-galerie? Ce sont des canots qui volaient dans les airs, poussés par le diable, il y a de cela ben longtemps. Ils transportaient des possédés du démon, surtout des gars de chantier. Peut-être ben qu’un jour les humains voyageront dans les airs comme on fait aujourd’hui en buggy ou en traîneau sur le chemin du roi. Mais il a 50, 100 ans et même dans les anciens temps, on pouvait voyager dans les airs sur des tapis magiques, à califourchon sur des balais de sorcières ou en canot par la chasse –galerie; tous des moyens du diable.
J’avais tout juste 19 ans. C’était mon quatrième hiver dans un chantier. J’étais pas sacreur, mais ben macreau, ce qui a ben failli me perdre. On était la veille du jour de l’An, et c’était pas au p’tit gobelet qu’on s’passait le rhum comme à soir, mais à pleins barriquets. Rond comme un œuf, je m’étais étendu sur mon lit tout habillé. Tout d’un coup, je m’réveille-ti pas en sursaut. Qui est-ce qui se penche au-dessus de moi? La grande face à Jack Boyd, le foreman; …Il était nouveau au chantier ce foreman-là. On l’avait jamais vu avant c’t’année. Il nous avait acheté du rhum en masse pour le jour de l’An. Il avait l’air d’un gars qui avait de l’argent. Aimerais –tu ça voir ta blonde? …. qu’il me dit. Je le regardais d’un air hébété. Réveille-toi donc, qu’i l me dit en me secouant de toutes ses forces et il était fort comme deux chevaux. Veux-tu la voir à soir, ta Lise? Voir ma Lise, c’était pas possible, Elle habitait à Lavaltrie, à plus de cent lieues et je m’en ennuyais à mourir. J’aurais fait le trajet à pied et en plein hiver pour la voir, si j’avais pu laisser le chantier. Pis, j’aurais vendu mon âme au diable pour passer une nuit avec elle.
Jack Boyd dit : nous ferons le voyage en canot dans les airs. Dans deux heures, nous serons à Lavaltrie et à six heures demain matin nous serons revenus au chantier. J’ai eu un fret dans le dos : quoi, on ferait la chasse-galerie? Pour faire la chasse-galerie, il faut un nombre pair : 2, 4, 6, ou 8.Il y en a 7 de prêts à courir cette nuit. Tu seras le huitième. Jack Boyd, moi et deux autres on sortit. Le ciel était clair et les étoiles brillaient à nous vriller l’âme. Mais il faisait fret à faire gémir les arbres. Un grand canot sombre reposait sur la neige, près d’une cordée de bois. Quatre hommes du camp voisin nous attendaient, l’aviron à la main. Baptiste, à la barre! Celui-ci s’installa à l’arrière du canot. Et avant d’avoir eu l’éclair d’une pensée, j’étais assis dans l’embarcation, avec les autres, tenant mon aviron ben serré.
Baptiste nous lança d’une voix forte: nous venons tous de faire un serment au diable. Pour commencer, pas de sacres ni de boisson. Ensuite, faut pas prononcer le nom de Dieu ni toucher à une croix de clocher, même pas en frôler une avec le canot ou avec nos avirons. Entendu? Oui, oui, entendu, répétèrent les hommes en chœur. Bon, à c’ t’heure, enchaîna Baptiste, répétez avec moi : Satan, roi des enfers, nous te promettons de livrer nos âmes si, d’ici six heures, nous prononçons le nom de ton maître et le nôtre, le bon Dieu. Acabris! Acabras! Acabram! Déjà nous sentions le canot s’élever dans les airs, par-dessus les camps, et, bientôt, les montagnes. Le fret nous durcissait la face, engivrait les moustaches et les capots de chat sauvage et nous colorait le nez comme un boudin mal cuit. Pas longtemps après, on vit un serpent géant et luisant comme un miroir qui relançait vers nous les reflets de la lune; c’était la Gatineau .Baptiste connaissait ben son chemin : il nous menait tout droit sur Lavaltrie. Tout d’un coup, il nous crie : Attention, on va atterrir bientôt dans le champ de Jean Gabriel, mon parrain. Bramaca! Irbaca!
Tout de suite, après ces mots magiques, le canot plongea vers le sol et atterrit dans un banc de neige. On frappa à la porte du parrain de Baptiste. La fille engagée nous apprend que toute la famille était partie à un snaque chez le père Robillard et que les jeunes fêtaient chez Batissette Augé, en bas de Contrecœur où il y avait un rigodon du jour de l’An. On va chez Batissette! Qu’on cria en chœur. On revint au canot. Acabras! Acabros! Acabram!. Et nous voilà repartis pour Contrecoeur, en naviguant dans les airs comme des renégats que nous étions. Deux coups d’aviron et hop, nous voilà au- dessus de la maison de Batissette. On voyait les ombres se trémousser à travers les vitres couvertes de givre : ça nous faisait frétiller d’avance. On cacha le canot pas loin de la maison et on courut vers la chaleur, la danse, les rires, les femmes et la boustifaille. Baptiste nous conjura de ne pas boire et de ben surveiller nos paroles. Ce fut le père Batissette lui-même qui vint ouvrir. Les gens du village étaient surpris de nous voir. Baptiste se chargea de répondre aux questions…pendant le premier quart d’heure, parce qu’après ça, il était déjà pas mal pompette et s’en fichait comme dans l’an quarante. Quant à moi, j’avais déjà reluqué ma Lise qui dansait avec un jeune faraud de Lanoraie, un dénommé Boisjoli. Je m’approchai d’elle et lui demandai si elle m’accorderait la prochaine. Elle accepta avec un sourire qui me fit oublier que j’avais risqué le salut de mon âme pour avoir le plaisir de me trémousser quelques courtes heures avec elle.
Un moment donné, Boyd vint m’avertir qu’il fallait partir tout de suite et sans dire bonsoir à la compagnie pour ne pas éveiller l’attention. Je voulais rester avec ma Lise. Rien à faire, qu’il m’a dit, «on est parti huit, huit on doit revenir, tout l’maudit équipage d’enfer. » On partit comme des sauvages, les uns après les autres pour ne pas éveiller l’attention. Acabris! Acabras! Acabram! Notre canot s’éleva dans les airs sans difficulté. Notre Baptiste n’en menait pas large; il était saoul comme un cochon et il fallait qu’on l’réveille à tout bout de champ. Il sacrait comme un damné. On frôla des églises, des clochers, des croix, même une croix de tempérance qu’un évêque avait fait planter. Y pas à dire, on devait avoir un bon ange avec nous autres. J’avais une peur noire et l’esprit retourné comme un cornichon dans le vinaigre. Qu’est ce qui m’avait pris de risquer mon âme pour passer quelques heures avec ma Lise? Surtout qu’elle devait se marier l’année suivante avec le petit Boisjoli de Lanoraie, le faraud qui l’accompagnait quand je l’ai demandé à danser. Probablement qu’elle m’en a voulu d’être parti en sauvage. Ce qui m’chicotte encore, c’est que je ne le saurai jamais. J’en voulais à Boyd, à Baptiste et surtout à moi, la sacrée cruche.
Comme on approchait du chantier, Baptiste fit une mauvaise manœuvre : le canot prit une plonge et s’accrocha à un gros sapin. Nous voilà tous à dégringoler de branche en branche et on s’est ramassé tête première dans les bancs de neige. Mon Baptiste sacrait comme un démon. Qu’importe : on était sauf. Ma première pensée a été de remercier le ciel, mais je me suis toujours demandé si c’était le bon Dieu qui nous avait protégés ou le diable qui ne voulait pas encore de nous autres.
Le plus curieux de l’histoire, c’est que le lendemain matin, plus de Jack Boyd. Il avait disparu. On ne devait plus jamais le revoir. Quand, ce matin-là, j’ai rappelé notre aventure à Baptiste et à mes compagnons de voyage, personne ne s’en souvenait : les sacripants, ils avaient trop bu!
Honoré Beaugrand
Honoré Beau grand, fils de Louis Beau grand, dit Champagne, navigateur et de Marie- Josephte Marion, débuta ses études au Collège de Joliette. Il écriva pour des journaux américains à Saint-Louis, Boston et Fall River au Massachusetts. Le 5 octobre 1873, il épousa, à l’église méthodiste Saint-Paul de Fall River, Eliza Walker (1854- 1934). Ils eurent une fille, Estelle (1881-1918).Il est devenu franc-maçon en 1873. En 1878, il s’établit à Ottawa et fonde le journal Le Fédéral qui durera jusqu’en septembre 1878. Un mois plus tard, Honoré Beau grand est à Montréal, lance le journal La Patrie dont il demeura propriétaire jusqu’en 1897.
Il fut maire de Montréal de 1885 à 1887.Il se distingue par ses interventions en faveur de la vaccination obligatoire lors de l‘épidémie de petite vérole, épidémie qui aurait fait 3 164 victimes. Il participe en 1897 à la fondation de la loge maçonnique montréalaise L’Émancipation, de tendance radicale, et reste proche par la suite des milieux anticléricaux.
L’affaire Riel et l’épidémie de variole
Lorsque les troupes du 65e bataillon rentrent à Montréal après avoir vaincu les Cris qui sont les alliés des Métis, lors de la rébellion du Nord –Ouest, le maire Honoré Beaugrand, multiplie les hommages et préside un grand banquet en l’honneur des militaires. Les magasins anglais de la métropole exposent le portrait du général Middleton qui vient d’insurger pendant 30 jours Batoche, le quartier –général de Louis Riel et Gabriel Dumont où une centaine de Métis insurgés ont été vaincus. La ville décrète le 25 juillet fête civique afin de rappeler cette « grande » victoire. Plus les jours passent, plus la campagne pour empêcher la pendaison de Riel s’amplifie. Entre-temps l’épidémie de variole devient une question fort préoccupante. Dans un climat survolté par l’affaire Riel, la plupart des journaux anglophones réclament des mesures coercitives comme l’isolement des malades et la vaccination obligatoire et ils ne se gênent pas pour traiter les Canadiens –français d’arriérés et de malpropres.
Une partie de la presse francophone dénonce ces mesures autoritaires perçues comme une agression à l’endroit des Canadiens français. Des manifestants vont briser les vitres du Montreal Herald lorsque ce dernier attribue l’épidémie à la malpropreté de la population francophone.
En septembre, 30 personnes par jour succombent à la maladie; le conseil municipal décrète la vaccination obligatoire. Des médecins vont de porte en porte pour vacciner mais le public refuse de les recevoir. Le conseil municipal hésite à prendre d’autres mesures. C’est alors que l’éditeur du Montreal Star, Hugh Graham, est nommé à la tête d’un comité d’isolement des malades et Richard White, propriétaire –éditeur du journal Le Gazette, devint le responsable d’un comité de vaccination.
L’affrontement
Dans ce contexte de guerre ethnique et précisément au moment où l’agitation en faveur de Louis Riel s’amplifie, ces nominations ne sont pas très heureuses. Quand Mgr Taché obtient un sursis d’un mois pour permettre aux avocats de Louis Riel de porter sa cause en appel au Conseil privé, des émeutes contre la vaccination et la quarantaine éclatent. Les 28 et 29 septembre, la foule assiège le Bureau de santé du faubourg de l’Est et y met le feu. La foule va chahuter le Montreal Herald. On y brise les vitres et on va menacer des médecins vaccinateurs dont celle de l’ex –maire Hingston. Le chef de police est blessé; c’est le propriétaire du journal Le Gazette Richard White qui demande l’intervention de des troupes. Le maire, Honoré Beaugrand, alité, souffrant d’asthme, court à son bureau et consigne 600 militaires. Dans une déclaration, il invite les citoyens à ne pas sortir le soir et à ne pas gêner l’action de la police.
Des manifestations reprennent malgré la proclamation du maire. Les cavaliers sont accueillis par des jets de pierre dans l’Est. Dans la semaine du 26 septembre au 2 octobre, la variole cause 400 décès. C’est la panique. Honoré Beaugrand, approuvé par la presse anglophone, accepte d’imposer l’isolement des malades et la vaccination. La police doit accompagner chaque médecin vaccinateur. Montréal est mis en quarantaine : les commerces ferment, les théâtres sont déserts, les rues vides. Le comité de défense de Louis Riel obtient un sursis jusqu’au 10 novembre. L’Étendard et La Presse accentuent la campagne pour sauver Riel. Louis Riel est pendu le 16 novembre sur décision du conseil des ministres conservateurs d’Ottawa. Une immense indignation secoua le Canada français. Le Comité de régie de l’Association Saint-Jean Baptiste de Montréal convoque une séance extraordinaire pour le 20 novembre, tandis que le Comité Louis Riel convoque une assemblée publique au Champ-de-Mars, pour le 22. Cette assemblée publique réunissait 50 000 personnes venues entendre Honoré Mercier et Wilfrid Laurier.
Citons le procès-verbal de la réunion du 20 novembre de la Société Saint-Jean –Baptiste présidé par J.-O. Dupuis :
Il est résolu à l’unanimité :
Que l’Association Saint-Jean Baptiste de Montréal, composée de cinquante mille membres, enregistre son protêt le plus énergique contre l’exécution de Louis Riel;
Que cette exécution est un outrage sanglant à l’adresse de la race canadienne –française, dont Riel, le chef métis, était l’un des plus nobles représentants dans le Nord-Ouest;
Que Louis Riel a été donné en victime au fanatisme orangiste ; que notre loyauté et nos sentiments religieux en ont été cruellement froissés.
Que ce lugubre événement constitue un deuil national.
Qu’un service solennel soit chanté à l’église Notre-Dame pour le repos de l’âme du martyr de cette cause sacrée. Que les membres de l’Association soient priés de porter le deuil pendant un mois.
Même si Honoré Beaugrand a perdu des partisans dans l’affaire de la vaccination, elle lui a valu le soutien des milieux d’affaires anglophones. L’heure est à la reprise économique. Une nouvelle génération d’hommes d’affaires canadiens-français s’affirme et songe à créer une Chambre de commerce francophone, distincte de Board of Trade, ce qui se réalisera l’année suivante.
Honoré Beaugrand est décédé le 7 octobre 1906 à Montréal. En conformité avec ses volontés, il a été incinéré et ses cendres ont été enterrées près de celles de sa femme protestante, au cimetière Mont-Royal à Montréal dans la section F3.
Agathe Boyer
Sources : Encyclopédie Wikipédia
Rumilly, Robert, Histoire de la Société Saint-Jean –Baptiste de Montréal, Montréal, Les Éditions de l’Aurore, 1975.
Julie Bruneau-Papineau
Une femme patriote : 1795-1862
Née à Québec le 19 janvier 1795, Julie Bruneau est l’une des sept enfants de Pierre Bruneau et de Marie-Anne Robitaille. Marchand général de profession, Pierre Bruneau siège à la Chambre d’Assemblée du Bas-Canada entre 1810 et 1816. Après des études chez les Ursulines, Julie Bruneau épouse, le 29 avril 1818, Louis –Joseph Papineau, député de Montréal-Ouest, orateur (président) dans la même Chambre et seigneur de la Petite –Nation. Il a acheté la seigneurie l’année précédente de son père, Joseph, arpenteur et notaire marié à Rosalie Cherrier. Le couple s’installe à Montréal.
Entre1819 et 1834,le couple donne naissance à neuf enfants : quatre d’entre eux , René-Didier, Arthur, Ernest et Aurélie décèdent en bas âge; les cinq autres, Amédée, Lactance, Ézilda, Gustave, et Azélie, atteignent l’âge adulte. En raison de son activité politique et de son poste d’orateur et de chef du Parti canadien puis du Parti patriote, Papineau est obligé de séjourner à l’extérieur de Montréal pendant plusieurs mois. Il n’est pas toujours présent lors des accouchements de sa femme; celle –ci doit s’occuper de l’éducation des enfants et de l’intendance. Elle peut compter sur l’aide de domestiques dévouées et sur la collaboration d’un réseau de parenté impressionnant tant du côté des Bruneau que des Papineau : sa mère et son frère René-Olivier Bruneau, longtemps curé de Verchères, ainsi que Rosalie Papineau, la sœur de Louis –Joseph, mariée à Jean Dessaulles, font partie des personnes ressources immédiates auxquelles elle recourt volontiers.
Souvent malade, soumise à une médication à base de purgations et d’émétiques, elle connaît des moments de découragement, de frustration et d’ennui, que l’éloignement et les absences prolongées de son mari avivent. La correspondance régulière que le couple entretient pendant plus de quarante ans contribue à les adoucir. Les lettres de Julie qui nous sont parvenues vont de 1823 à 1862 et celles de Papineau de 1820 à 1862. Les lettres de Julie et de son mari nous apportent une foule de détails intéressants sur les problèmes d’organisation matérielle et financière d’une grande famille bourgeoise du début du XIXe siècle, de même qu’une série d’i nformations privilégiées sur la vie politique de l’époque, dominée pendant près d’un demi- siècle par l’une des figures les plus fortes de l’histoire du Québec et du Canada.
Dans cette relation à deux voix, Julie Papineau n’est pas qu’un faire-valoir, qu’une oreille. La politique la passionne, comme elle passionne son mari. Julie regrette que les « gazettes » ne donnent pas plus de nouvelles sur les débats et reconnaît que la politique seule l’amuse et l’intéresse « quand je peux avoir des nouvelles ».Elle s’anime dès qu’il en est question. Complaisance ou conviction, elle partage les colères et les inimitiés de son époux, commente les événements, critique les attitudes et les partis-pris des autorités en place. Elle va même jusqu’à blâmer le clergé, elle qui a reçu une éducation janséniste et qu’agace l’anticléricalisme de son mari. Et, à quelques reprises, elle fait preuve d’un flair politique indéniable, comme dans cette lettre datée du 17 février 1836, où elle écrit que la violence est peut-être l’ultime recours auxquels les patriotes devront se résoudre.
Rien d’étonnant dans ces conditions qu’elle ait participé à la création d’un comité de femmes patriotes qui préconisait l’usage de l’étoffe du pays. Ainsi, lorsque madame Adèle LaFontaine arriva à la réunion des dames patriotes rue Bonsecours, vêtue de la tête aux pieds en étoffe du pays, elle fit sensation. Marguerite Viger rapporte ces propos : « Nos mères n’ont jamais porté que des étoffes canadiennes; ça fait à peine trente ans que nous nous habillons d’après les Anglaises et les Françaises ».De plus, elles devaient fabriquer leurs propres chandelles et du savon. Enfin, il fut entendu qu’aucune ne se présenterait à l’hôtel Nelson, pour fêter la Saint-Jean –Baptiste, habillée à l’européenne. Elles allaient relancer les robes canadiennes. Faisant parties de ce comité, mentionnons la présence de mesdames Henriette de Lorimier, Luce Fabre ainsi que Sophie Masson, seigneuresse de Terrebonne.
Parmi ses activités patriotiques, il ne faudrait pas oublier de souligner la visite des prisonniers politiques à la prison du Pied –du -Courant. Les cellules rappelaient les geôles du Moyen –Âge. On l’appelait la prison neuve pour la distinguer du sinistre bâtiment du Champs-de –Mars où les prisonniers politiques avaient d’abord été amenés, avant d’être refoulés à l’extrémité du faubourg, vu leur trop grand nombre. L’édifice venait d’être construit en bordure du Saint-Laurent, en face de l’île Sainte-Hélène. Julie Papineau accompagne madame Émilie Gamelin dans ses visites. Comme le rappelle cette dernière, les visiteurs ne sont pas autorisés à l’intérieur des murs, leur solitude est donc grande et le moral est au plus bas. Elles longèrent le long corridor du rez-de-chaussée. De chaque côté, des cachots lugubres sans fenêtre ne voyaient jamais la lumière. Assis à même le sol en terre battue, les prisonniers les regardaient passer en silence. Des murs en brique séparaient les cellules. Un seul poêle, placé au centre, chauffait tout l’étage. L’eau potable manquait parfois plus de douze heures parce que la pompe était défectueuse. Il n’y avait alors rien à boire. Les murs n’avaient pas été blanchis et les parquets pourtant de construction récente étaient infestés de punaises. Certains détenus avaient droit à un peu de paille pour s ‘étendre, alors que d’autres dormaient à même le sol froid sans couverture. Les voleurs et les meurtriers recevaient un couvre-pied en arrivant, privilège refusé aux prisonniers d’État. Allez comprendre!
Madame Gamelin expliqua qu’ils n’avaient pas droit aux journaux. Tout en ajoutant : « C’est peut-être aussi bien comme ça. Les gazettes publient des dessins de potence et le Herald n’a t-il pas écrit qu’il était inutile d’engraisser les prisonniers tout l’hiver pour l’échafaud? » Dans sa ronde, Julie reconnut plusieurs patriotes du faubourg ; ils venaient parfois passer la soirée rue Bonsecours car ils avaient à peine le même âge qu’Amédée. Quelle aide pouvait-elle bien leur apporter, elle, la femme de l’homme le plus recherché du Bas-Canada?
Le docteur Wolfred Nelson sortit d’une cellule que le gardien verrouilla derrière lui. Il tenait une fiole d’alcool d’une main et des bandages de l’autre. Elle lui demanda au sujet du départ précipité de son mari de Saint-Denis, le matin du combat : « Mais n’est-ce pas vous qui lui avez demandé de partir? » Oui, enfin…hésita le médecin. Je lui ai dit de s’éloigner du danger. « Moi, j’étais le commandant militaire, mon devoir était de combattre avec mes troupes. Papineau, lui devait se protéger pour les pourparlers avec les autorités qui auraient dû normalement suivre si nous n’avions pas été écrasés comme des chiens. » Il ajouta d’une voix résignée : « Les choses n’ont pas tourné selon le scénario que nous avions élaboré. » Elle lui sera la main et partit attristée pendant qu’il s’agenouillait au chevet d’un autre malade. Elle disparut dans l’escalier sombre derrière madame Gamelin qui avait distribué toutes ses provisions et repartait chargée de messages et de commissions.
Les dernières années de sa vie seront endeuillées par la mort de son fils Gustave à 22 ans, par la maladie mentale de Lactance qu’on devra interner et par la maladie nerveuse d’Azélie. Elle n’acceptera pas non plus de vivre en permanence à la Petite –Nation, ce qui nous vaudra une dernière série d’échanges épistolaires entre elle et son « cher ami », où la famille occupe désormais la première place.
Julie Bruneau décède à Montebello le 18 août 1862. Elle est âgée de 67 ans. Son corps est inhumé dans le caveau de la chapelle familiale construite près du manoir. Son époux y repose également depuis 1871.
Agathe Boyer
Sources : Site internet de Gilles Laporte : cgl. cvm.qc.ca/Patriotes, Cegep du Vieux-Montréal.
Lachance, Micheline, Le Roman de Julie Papineau, tome 1, Montréal, Les Éditions Québec Amérique, 1995.
En complément :
En la salle d’exposition du Vieux-Presbytère de Saint-Bruno –de –Montarville, eut lieu en octobre dernier, une exposition de dentelles qui fut prêtée par une descendante de Julie. En effet, les précieuses dentelles sont restées dans la famille passant de génération en génération et c’est une petite fille de Julie, madame Anne Bourassa, qui les a remises à madame Huguette Morin Sasseville, membre de l’Association des dentellières du Québec. Le précieux don leur a été offert avec la mission de faire circuler les dentelles. Cette collection privée a déjà séjourné dans plusieurs musées et domaines.
Dentelles patrimoniales : ces dentelles ont appartenu à madame Anna Bourassa, fille de Joséphine Papineau et de Henri Bourassa. Le fondateur du journal « Le Devoir » était le fils de Napoléon Bourassa, artiste peintre, et de Azélie Papineau. Cette dernière était elle-même la fille de Louis –Joseph Papineau et de Julie. Les dentelles ont pour la plupart été acquises soit par la grand-mère de Anne Bourassa, madame Alexina Beaudry-Papineau, soit par son arrière –grand-mère, madame Émilienne Trudeau-Beaudry. Elles firent l’acquisition de ces pièces lors de plusieurs voyages en Europe. À cette collection sont venues s’ajouter quelques pièces de dentelle d’une cousine de Anne Bourassa, madame Juliette Papineau, fille de Gabrielle Pacaud et de Gustave Papineau, et arrière –petite –fille Denis Benjamin Papineau. Ce frère de Louis –Joseph a administré la Seigneurie de la Petite –Nation où fut construit en 1850 le Manoir qui porte le nom de Montebello.
La passion de ces femmes pour la dentelle et la transmission du patrimoine de génération en génération nous permet aujourd’hui de pouvoir contempler ces magnifiques œuvres d’une autre époque. Madame Anne Bourassa a consacré sa vie à garder bien vivante l’histoire tumultueuse de sa famille et qui, grâce à ses dons de conteuse a partagé avec madame Micheline Lachance les souvenirs que ses ancêtres lui ont légués.
Alimentation populaire et traditions alimentaires dans la vallée laurentienne avant l’avènement des restaurants.
Le Québec et son alimentation métissée : emprunts aux Amérindiens
Depuis les premières arrivées de colons sur les rives du fleuve Saint-Laurent, on se plaît à dire que les colons ont adopté les aliments des Amérindiens. Consommer le maïs, les produits de l’érable en constitue d’ailleurs les meilleurs gages et témoigne non seulement de ce métissage mais aussi d’une certaine pérennité de nos habitudes alimentaires. D’ailleurs comment ne pas y croire lorsqu’on réfère toujours au maïs selon l’expression «blé d’inde», faisant ainsi référence aux croyances des premiers temps coloniaux lorsqu’il était question de retracer les richesses orientales des Indes? Cette perception est fermement ancrée dans la mémoire collective des Québécois. Mais est-ce aussi évident? Certes les premiers occupants autochtones consomment-ils le maïs, les courges et les haricots, aussi surnommées les trois sœurs puisqu’on les fait pousser ensemble. À cela rien de très novateur puisque le maïs représente La céréale des Amériques dont la culture se répand du sud au nord parmi les autochtones. Les Iroquoiens –c’est –à dire ceux dont la langue est l’iroquoien et non les Iroquois qui sont eux de langue iroquoienne – partagent la culture de ces trois végétaux de base, bien qu’ils n’apprêtent pas tous ces aliments de la même façon; qui plus est, selon le territoire qu’ils occupent, la faune et la flore diffèrent, ce qui apporte des mœurs alimentaires différentes à chacune des peuplades amérindiennes.
Alimentation à la française
Les premiers colons adoptent ces aliments dès leur arrivée, tout en cherchant à implanter leurs cultures céréalières et leur cheptel domestique, en somme, leur modèle alimentaire; d’ailleurs Champlain dispose de plusieurs vaches à sa ferme du Cap-Tourmente. Par contre, le gibier abonde alors que le calendrier liturgique sévère impose de recourir aux ressources halieutiques coloniales. Voilà qui fait rêver de mener la vie de seigneur, d’autant plus que chasser sur le vieux continent est devenu l’apanage des nobles depuis longtemps. Mais encore faut-il disposer d’un fusil, ce qui n’est pas à la portée de tous et par conséquent limite la consommation de gibier, gros ou petit. S’il est indéniable que ce sont les autochtones qui apprennent aux colons comment récolter la sève d’érable, est -ce à dire pour autant qu’ils la transforment qui en sirop qui en sucre? Et faut-il en conclure par extension que les colons consomment le sucre d’érable ? Bien que les autochtones connaissent deux façons de réduire la sève en« sirop », aucune des deux ne s’apparente à ce que nous connaissons de nos jours, au mieux peut-on parler d’un liquide visqueux dont la teneur est plus élevée. Et ce liquide n’est pas encore converti en sucre, ce qui est impossible à obtenir selon les techniques amérindiennes. Il aura fallu l’intervention des colons français pour y parvenir. Surprenant ? Non pas puisque, faut-il le rappeler, la France contrôle le marché du sucre en Europe et en viendra d’ailleurs à échanger le Canada contre une colonie sucrière lors de la signature du traité de Paris. Quant à sa consommation, elle est limitée, moins d’un kilo et demi (toute forme de sucre confondue, canne et érable) par personne par année; c’est que le sucré fait davantage partie de la pharmacopée dans le modèle culturel français. Voilà donc qu’avant même la fin du 17e siècle, les colons laurentiens rejettent en bloc les apports amérindiens. Le métissage alimentaire amérindien aura duré l’espace de trois générations, le temps d’implanter le modèle alimentaire français. Celui-ci repose d’abord et avant tout sur le pain, qui se consomme à raison d’un kilo par jour. Bien sûr, le poisson –notamment la triade anguille, morue, saumon- tient bonne place dans ce régime alimentaire puisque le calendrier liturgique impose 150 jours d’abstinence carnée par année. Comme viande, les colons consomment d’abord le bœuf, viande accessible parce que les ruraux manquent de fourrage. Dès lors, il devient préférable d’abattre les bovins, alors que le porc représente, par son lard, la source de gras de prédilection puisque le lait produit ne permet pas la fabrication de beurre en quantité suffisante.
Métissage anglo-français
Mais voici que la Conquête s’apprête à modifier ces habitudes alimentaires, non pas instantanément mais petit à petit. Premier élément de changement : l’introduction de la pomme de terre qui coupera de moitié l importance dans la ration quotidienne du pain, en l’espace d’un demi-siècle. S’ajouteront, quelques décennies plus tard, le thé et son corollaire insidieux, le sucre, car la boisson chaude s’accompagne non seulement d’un soupçon de lait mais d’une montagne de sucre! Voilà qui heurte de front les habitudes alimentaires des colons et explique pourquoi son acceptation en milieu francophone se fait tardivement, même si le thé est accessible en grande quantité dès 1760 dans la colonie.
Alimentation à la canadienne
Une troisième innovation britannique apportera des résultats à plus long terme, c’est –à –dire vers le milieu du 19e siècle. De quoi s’agit-il? De l’introduction des racines-fourrages comme le navet et la betterave à la fin du 18e siècle; méthode empruntée initialement aux Flamands et Hollandais par les Britanniques, cette culture permet d’augmenter la lactation des vaches et permet d’obvier du même coup au manque de fourrage, problème chronique auquel sont confrontés les colons. Ainsi au milieu du 19e siècle, l’économie agricole du Québec repose sur la production laitière et la viande de porc devient accessible. Coïncidence, les premiers recueils culinaires paraissent à la même période et proposent les premières recettes à base de viande de porc fraîche. Les mets soi-disant traditionnels viennent d’apparaître! Qui plus est, ces mêmes livres proposent des recettes de pudding et de tartes de toutes sortes, signe que les rapports au sucre ont changé.
Influences internationales
Voilà donc quatre étapes de changement majeur dans les mœurs alimentaires du Québec, étapes variant entre 75 et 100 ans, un espace de temps qui couvre de trois à quatre générations. De fait, ces changements majeurs surviennent quand la quatrième génération se montre plus perméable au changement parce qu’elle n’est plus en contact avec la première qui se veut la gardienne des valeurs. Et le Québec vient de vivre une autre de ces étapes majeures avec Expo 67 qui a amené le monde sur la table des Québécois; il se sera justement écoulé un autre centenaire entre le milieu du 19e siècle et l’exposition universelle!…
Résumé d’une conférence prononcée par monsieur Yvon Desloges, historien devant les membres de la Société historique de Québec, le mardi 2 février 2010. Voir aussi le bulletin électronique Mémoires vives : www.cfqlmc.org/bulletin –memoires -vives/ derniere -parution/479
Voici maintenant un aperçu de quelques préparations culinaires qui illustrent le menu quotidien de différents groupes sociaux de la société coloniale. Le choix des recettes dépend en partie de la documentation, à savoir les intitulés laissés par les acteurs historiques, comme l’annonce de la Gazettte de Québec pour la soupe aux pois et au lard ou encore les commentaires des divers voyageurs et observateurs. Sur ce, belles découvertes et bon appétit!
«À la table du paysan» : concombre à la crème, potage au lait et à l’oignon, pot-au-feu, crêpes. En 1618, Champlain remarque que les concombres poussent dans les jardins de Louis Hébert sur le cap aux Diamants. Le concombre, apprêté à la crème douce ou aigre selon les voyageurs Pehr Kalm, Isaac Weld et John Lambert compte parmi les aliments favoris des paysans laurentiens .Cette façon d’apprêter les concombres sera encore d’usage dans certaines régions du Québec au cours de la première moitié du XXe siècle. «Dans le sillage du missionnaire et du voyageur» : sagamité aux poissons, lièvre bouilli au pot et folle- avoine ou riz sauvage. Gabriel Sagard, missionnaire, est le premier à faire mention du terme sagamité quand il se rend en pays huron en 1623. Il désigne un mets à base de farine de maïs à laquelle peut s’ajouter viande, poisson ou fruits. Dans sa version amérindienne d’autrefois, elle n’aurait pas été salée ni poivrée. Cette recette fut reconstituée à partir à partir de données historiques. «Chez les religieuses» : potage aux herbes, truites rissolées et ragoût de champignons, purée de pois verts et tourtes aux poires. Dans les années 1680, le Séminaire de Québec procède à des achats massifs de truite pour nourrir son personnel et ses élèves. Par ailleurs, les Augustines de l’Hôpital général cultivent les champignons tandis que Marie de l’Incarnation précise que le Ursulines cultivent les pois verts en 1662. «Chez le cuisinier du gouverneur français» : potage à la vierge, fricassée de tourtes, doré au fenouil, riz à l’œuf. La conservation des œufs pendant l’hiver pose un problème. La meilleure méthode de conservation, selon le médecin Gaultier, est de leur appliquer une couche de suif et il semble que ce soit la norme en Nouvelle-France au 18e siècle. Ainsi on prémunissait les coquilles des conditions humides des caves. Extrait de Traité historique et pratique de la cuisine, 1758. «Chez le marchand» : rôties au jambon, potage au chou, chou-fleur au bœuf. On le constate, les choux sont très présents dans l’alimentation coloniale. Louis Nicolas écrit : que les choux pommés y sont si communs et si gros que cela passe l’ordinaire». «Chez l’aubergiste» : soupe aux pois et lard, fricassée de poulet avec sauce rousse, longe de veau piquée. Le 3 janvier 1815, Antoine Parent, marchand de Québec, passe un contrat notarié avec deux cabaretiers –cuisiniers afin que ceux-ci s’engagent à cuisiner 150 gallons de soupe par semaine qui seraient distribués gratuitement aux plus démunis de la société québécoise. La première «soupe populaire » était créée. Ce mets devait être préparé selon les indications publiées dans la Gazette de Québec. On parle de la traditionnelle soupe aux pois et au lard, il va sans dire. «Chez l’administrateur britannique » : potage au riz et coulis de lentilles, bœuf à la mode, poisson en casserole, tarte aux carottes. Grand classique du répertoire culinaire britannique, le bœuf à la mode est à l’origine une recette d’inspiration française. Hannah Glasse prend soin d’ajouter «the French way» en complément à son intitulé. Sa publication connaît une vingtaine de réédition, plus de 70 ans après sa mort.
«La cuisine, c’est la transformation de la nature en culture», nous révèle le grand cuisinier tourangeau Jean Bardet. N’est-ce pas là essentiellement ce que nos ancêtres se sont entêtés à faire sur ce continent depuis plus de 400 ans?
Références : Desloges, Yvon, À table en Nouvelle-France, Septentrion, 2009.
Agathe Boyer
Les Dames patronnesses ou la Fédération nationale Saint-Jean–Baptiste
C’est une association de femmes francophones catholiques fondée à Montréal. Depuis 1893, les femmes de Montréal coordonnent leurs efforts au sein du Montreal Local Council of Women (MLCW), mouvement non-confessionnel et majoritairement anglophone. Les fondatrices francophones éprouvent le besoin de mener une action francophone et catholique qui établit le droit d’association des laïcs en vue de diffuser la doctrine sociale de l’Église.
Joséphine Marchand-Dandurand, Caroline Dessaulles –Béique, Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, Marguerite Thibodeau, suscitent d’abord, en 1902, la création d’un comité de Dames patronnesses au sein de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, (SSJB), organisation patriotique présidée par l’époux de Caroline Dessaulles –Béique, dans le but d’améliorer les conditions de vie des femmes du Canada Français. En 1904, le 7 novembre, les Dames de l’Association se réunissent au Monument national pour préparer la fondation d’une école ménagère. Celle-ci ne donnerait pas seulement des cours de cuisine et de couture mais une véritable formation postscolaire. Mlle Anctil et Mlle Gérin –Lajoie iront étudier en Europe.
En 1907, Marie Gérin –Lajoie et Caroline Béique quittent le MLCW et fondent le Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste(FNSJB). Caroline Dessaulles –Béique en est la première présidente et Marie Lacoste –Gérin –Lajoie la première secrétaire (1907- 1913). Marie Lacoste, présidente de 1913 à 1933, est l’âme de la Fédération. La FNSJB est destinée, selon l’intention de ses fondatrices, «à grouper les Canadiennes françaises catholiques en vue de fortifier par l’union leur action dans la famille et dans la société». La FNSJB suscite la création de sections locales dans les paroisses et publie un mensuel, La Bonne Parole, à partir de 1913. Cette revue paraîtra jusqu’en 1930.
La FNSJB entend protéger les femmes de la violence conjugale et de la pauvreté par la lutte contre l’alcoolisme, professionnaliser le travail domestique par la formation des domestiques, lutter contre la mortalité infantile par l’hygiène et la puériculture, obtenir le droit de vote aux femmes auprès des autorités politiques et religieuses et former les femmes à la politique, faire modifier le statut matrimonial des femmes dans le code civil, revendiquer le droit à l’instruction supérieure et à l’exercice des professions. Elle inscrit à son programme la réforme du Code civil. Marie Gérin –Lajoie publie un Traité de droit usuel, ouvrage de vulgarisation du droit civil et constitutionnel. Ses connaissances juridiques la font reconnaître en tant que la personne-ressource pour cette question.
Madame Gérin –Lajoie provoque la fondation de trois associations professionnelles : employées de bureau, employées de manufacture et employées de magasin. De 1917 à 1929, la FNSJB joue un rôle important dans la lutte pour l’obtention du suffrage féminin au Québec, jusqu’à ce que l’opposition des évêques Québécois réduise ses marges de manœuvre et pousse Matie Lacoste à démissionner de la présidence du Comité provincial du suffrage féminin. L’action de la FNSJB dans ce domaine se concentre alors sur la formation civique des femmes pour les préparer à l’exercice du droit de suffrage.
En 1965, la FNSJB est associée aux associations féministes qui célèbrent le 25e anniversaire du droit de vote féminin. L’année d’après, la présidente de la FNSJB rejoint la Fédération des femmes du Québec, mouvement non-confessionnel dont la principale initiatrice est la Ligue des droits des femmes de Thérèse Casgrain.
Le comité des femmes patronnesses de L’Association Saint-Jean –Baptiste groupe des femmes de tête et de cœur. Madame F.-L. Béique et madame Henri Gérin –Lajoie, animatrices du groupe, entretiennent une haute idée de la vocation de la femme. Elles sont patriotes aussi. Elles assistent à une réunion au Local Council of Women, qui voudrait attirer les Canadiennes françaises. Une ambiance impérialiste l’imprègne. Un comité d’Anglo-Canadiens avait invité la Société Saint-Jean-Baptiste à la célébration du centenaire de l’amiral Nelson, en octobre 1905. Le Bureau a décidé, à l’unanimité : «Que ce centenaire était intimement lié à la défaite de la flotte française, l’Association ne peut accepter cette invitation». Madame Béique et ses amies déclinent, à leur tour, les invitations du Local Council of Wowen.
Voici un aperçu du programme du deuxième Congrès de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste tenu à Montréal les 23, 25,26 juin 1909.
Première journée du Congrès. Séance d’ouverture tenue le 23 juin à 2hrs et demie p.m. à l’Institut des Sourdes Muettes sous la présidence de Monsieur le Chanoine Gauthier. La Séance s’ouvre par une prière à la Vierge Marie. Cette prière a été composée tout spécialement pour les membres de la Fédération, et elle a été enrichie de cent jours d’indulgences. Madame Béique, présidente de la Fédération Nationale Saint-Jean –Baptiste prononce le discours de bienvenue.
Première journée du Congrès : séance des Oeuvres de Charité. Questions inscrites au programme : 1. Assistance maternelle. 2. La carrière d’infirmières pour les femmes. 3. Importance des conférences dans les œuvres de charité. 4. Mesures préventives pour la protection de la femme. 5. La charité est-elle une science. 6. Répression de l’alcoolisme par les femmes. 7. La femme mariée qui souffre de l’alcoolisme du chef de famille.8. Tribunaux spéciaux pour enfants. 9. La carrière domestique dans ses rapports avec l’organisation du Foyer. La journée se termine par une allocution de M. le Chanoine Gauthier et il mentionne ces paroles : «Mesdames, le but que vous poursuivez est nécessaire. Je résume avec ces mots : L’avenir est à vous, mesdames, parce que le bon Dieu vous le doit ou le doit à vos excellentes intentions».
Deuxième journée du Congrès : Séance des Oeuvres d’Éducation, tenue le Vendredi 25 juin à 2 hrs et demie p.m. chez les Dames de la Congrégation de Notre-Dame. Sous la Présidence de Monseigneur l’Archevêque Bruchési et le Patronage de son Excellence le Lieutenant Gouverneur Sir Alphonse Pelletier. Mme Béique ouvre la séance. Questions inscrites au programme : 1.Enrayement de la mortalité infantile par l’éducation de la mère de famille.2. Importance de la pédagogie maternelle pour la formation morale de l’enfant. 3. Adaptation de l’enseignement ménager aux divers degrés de l’enseignement. 4. De l’enseignement supérieur pour les femmes. 5.
L’enseignement comme carrière pour les femmes. 6. Le rôle des associations artistiques dans la formation du goût. 7. Le journalisme et l’éducation populaire.8.Comment développer le goût de l’étude chez les femmes. Lors de l’allocution de sa Grandeur Monseigneur Bruchési, celui-ci annonce à ces dames qu’il y aura des grandes fêtes à l’Hôtel –Dieu de Montréal à l’occasion 250e anniversaire de l’arrivée des Hospitalières. «À cette occasion, j’ai pensé qu’il était bon de laisser un souvenir en érigeant une statut à Jeanne Mance .Nous aurons notre Jeanne Mance à nous». Monseigneur adresse ensuite quelques paroles gracieuses à son Excellence Sir Alphonse Pelletier. Sir A. Pelletier, lieutenant –gouverneur de la Province de Québec s’adresse aux participants ainsi : « Dans une réunion, où les dames parlent d’une manière aussi charmante, les hommes devraient se taire. Ce sont de bonnes femmes qui font les bons maris».
Troisième journée du Congrès. Séance des Œuvres Économiques, tenue le Samedi, 26 juin à 8hrs du soir au Monument National .Sous la Présidence de Mr. le Chanoine Le Pailleur. Mme Béique ouvre la séance. Questions inscrites au programme : 1.Le logement de l’ouvrière.2.État comparée du travail à domicile et du travail à l’atelier.3. Des conditions requises pour obtenir de l’avancement dans les carrières professionnelles. 4. L’instruction de l’enfant est-elle compatible avec le travail à l’atelier. 5. Dans quelle proportion la femme contribue-t-elle à la production de ce pays. 6. Quelle est la valeur de la propriété foncière possédée par les femmes à Montréal.7. La mutualité.8. La condition légale de la femme mariée. Le Chanoine Le Pailleur termine son allocution par les paroles suivantes : «J’espère, Mesdames, que vous ne sortirez de votre sphère que pour aller porter le baume de la consolation à celles qui sont les déshéritées de la fortune et qui souffrent. Alors, le bonheur que vous donnerez fera votre mérite. Comme je suis Président, en ce moment, je vous demande de terminer votre congrès par la prière qui d’en haut vous a obtenu des lumières sur vos œuvres».
Plusieurs causes sont à l’origine du déclin de la Fédération durant les années 20 :la diminution des activités des associations professionnelles, supplantées par les syndicats, le conflit entre les réformistes et l’idéologie traditionnelle conservatrice et la difficulté des femmes de la bourgeoisie de s’entendre sur les types d’action à entreprendre pour rejoindre les femmes des autres classes sociales. Mais ces achoppements étaient inévitables et le rôle joué par cette première génération de féministes marque une étape importante dans le processus de libération des femmes.
Agathe Boyer
Sources : Encyclopédie Wikipédia, Le collectif Clio, L’histoire des femmes au Québec, Montréal, Édition du Club Québec Loisirs Inc, 1992.
Fonds d’archive : Archives nationales du Québec à Montréal : BANQ. Les Archives de l’Institut Notre-Dame du Bon- Conseil de Montréal : elles abritent le fonds de Marie-Lacoste –Gérin-Lajoie (1867-1945) et le fonds de Marie J. Gérin-Lajoie(1890- 1971), fille de la précédente, fondatrice d e l’Institut Notre-Dame du Bon- conseil, et les fonds de l’Institut Notre-Dame du Bon –Conseil de Montréal. Adresse : 1215 boulevard Saint-Joseph Est, Montréal.
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Doris Lussier : un homme de parole
C’est à Fontainebleau, dans les Cantons de l’Est qu’il naît le 15 juillet 1918, et ce petit village sera le « berceau de son histoire ». Devenu orphelin de père alors qu’il est en bas âge, c’est le remariage de sa mère qui l’amène à vivre à Weedon et à devenir en quelque sorte un beauceron d’adoption. Ses premiers souvenirs d’enfance, nous assure-t-il, sont des images d’amour et de joie alors qu’il profite des tendresses de sa famille élargie. Il affirmera même que c’est toute l’affection reçue par celle-ci qui lui vaudra cette âme « d’optimiste impénitent » lui permettant de traverser si joyeusement la vie.
Doris Lussier aura en effet un itinéraire humain des plus imprévisibles. Issu d’un milieu rural sans argent, aîné de famille nombreuse et de santé fragile, il doit à la volonté de sa mère d’accéder au monde du savoir en fréquentant le Séminaire de Québec qui est alors réservé aux seuls privilégiés. L’austérité du pensionnat lors de ses huit années de formation ne l’empêche pourtant pas de goûter aux joies de la connaissance et d’en apprécier la générosité du clergé enseignant. L’aventure s’amplifie encore à l’Université Laval lorsqu’il choisit, en 1940, les sciences sociales, une faculté progressiste que venait de fonder Georges-Henri Lévesque, un dominicain remarquable qui sera un peu l’âme de la Révolution tranquille. C’est donc sous l’inspiration de cet homme que se déroule sa carrière universitaire, car dès sa maîtrise obtenue, il devient secrétaire du père Lévesque (alors doyen) et pendant douze ans, il partage sa vie intellectuelle, ses lumières et ses combats; si bien qu’il le considère comme un père spirituel qui va également lui ouvrir le monde de l’enseignement.
Au milieu des joies intellectuelles des sciences sociales, Doris Lussier sent confusément un goût pour tout ce qui est théâtre, auteurs et spectacles. Aussi, en marge de l’Université, il écrit des sketches humoristiques pour Radio-Canada et de nouveaux contacts l’incitent à créer un personnage haut en couleurs, sorte de synthèse de ses deux grands pères et de quelques portraits du terroir beauceron : le père Gédéon. On est alors en 1954, dans les débuts de la télévision et le personnage devient vite célèbre par son intégration à La famille Plouffe de Roger Lemelin, émission très populaire où les Québécois semblent enfin se reconnaître. C’est en quelque sorte Roger Lemelin, auteur très prolifique, qui lui ouvre cette fois le monde artistique et l’amène à réorienter sa carrière. Bien sûr, plusieurs de ses compositions artistiques, que ce soit à la télévision ou sur scène, touchent l’humour, mais il anime également des jeux-questionnaires, de même qu’il écrit des articles et des ouvrages comme Philosofolies, où on peut davantage reconnaître l’homme érudit qui s’interroge sur la vie.
Parallèlement à sa carrière artistique, Doris Lussier s’implique particulièrement dans le monde politique. Dès 1968, il suit René Lévesque au Mouvement Souveraineté-Association et en 1970, il est candidat pour le Parti Québécois dans Matapédia. Même s’il n’est pas élu, la ferveur qui l’anime ne se dément pas et il continue de militer au sein de cette formation, aussi est-il très fier de présenter un René Lévesque victorieux le 15 novembre 1976 au Centre Paul-Sauvé. Tout au cours des décennies qui suivront, Doris Lussier poursuivra sa démarche intellectuelle en politique, il témoignera de son engagement en multipliant les prises de position dont nous rappelons ici la teneur :
La conclusion logique de la Révolution tranquille, c’est l’indépendance tranquille.
Rater l’indépendance la veille de sa réalité, après quatre cents ans d’attente, c’est traverser l’océan pour échouer dans le port.
C’est à nous qu’il appartient aujourd’hui de décider si l’histoire du Québec que liront demain nos enfants sera celle de notre lucidité et de notre courage ou celle de notre démission.
Doris Lussier, homme de parole, a été marié près de 40 ans, il a eu 2 enfants et il est décédé le 28 octobre 1993 à Montréal avec, tout comme Félix, « un pays planté dans le cœur… à jamais »!
Les citations et l’essentiel des éléments biographiques se retrouvent dans les œuvres de Doris Lussier réunis dans l’ouvrage Tout Doris, Les éditions internationales Alain Stanké, 1994, 588 p.
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Le Québec a des “elles”
À l’approche de la Journée internationale des femmes, nous voulons souligner l’apport exceptionnel des Québécoises à la « construction » de notre société au fil des siècles.
La Journée internationale des femmes, qui se veut une initiative des Nations unies, est célébrée chaque année depuis 1977, le 8 mars. Elle trouve son origine dans les manifestations qui ont eu lieu aux États-Unis et en Europe au 20e siècle pour réclamer de meilleures conditions de travail et le droit de vote pour les femmes. Cette journée demeure encore aujourd’hui un moment privilégié pour nous remémorer le chemin parcouru par les femmes dans notre société et ailleurs dans le monde.
Nous saluons toutes les femmes qui ont contribué au fil des années par leur engagement et leur dévouement au mieux-être de notre belle collectivité et nous leur rendons hommage.
De belles réussites du Québec ont une femme comme fondatrice
L’histoire parle plutôt de l’expérience humaine masculine : guerres, victoires, défaites, affaires, politique. Sans les femmes : suffrage universel ? démocratie ? constitutionnalité ? Guy Laviolette, dans son livre d’histoire de 7e année, en page 30, écrit qu’il y a en 1617 Une seule famille d’agriculteurs : celle de Louis Hébert assisté de son gendre Guillaume Couillard. Aucune mention de leurs femmes Marie Rollet et Guillemette Hébert (dix enfants). Pourtant, ces femmes et leurs descendantes ont assumé leur part du développement de la ville de Québec et du pays. En plus du travail de maison, elles travaillaient sur la ferme, dans les champs, près des animaux (double tâche).
Dès le début de la colonie, les femmes sont à l’œuvre. Marie Guyart (Marie de l’Incarnation) gérante en France, vient ici fonder le couvent des Ursulines. Elle dirige la construction du premier monastère, elle écrit 13 000 lettres, véritables chapitres d’histoire coloniale, et huit ouvrages spirituels. Les Hospitalières fondent l’Hôtel-Dieu de Québec dirigé par Marie Guenet et Marie Forestier. Les Augustines fondent l’Hôpital général de Québec. Marguerite Bourgeoys ouvre la première école à Ville-Marie. Jeanne Mance fonde et administre l’Hôtel-Dieu de Montréal. Elle y est aussi infirmière. Mentionnons aussi Marguerite d’Youville, sœur Marie Morin, Madeleine de Verchères, madame de la Peltrie, sœur Saint-Ignace, etc.
Le système politique patriarcal et la religion ont pour objectif de restreindre le rôle des femmes à leurs obligations maternelles et conjugales et de limiter leur accès au savoir. Des lois injustes sont adoptées : on leur enlève le droit de vote (1849), tous leurs droits civils (1866), le droit de posséder des biens (1909). On refuse de les reconnaître comme personne (1928), on refuse de reconnaître leurs diplômes et le droit de pratique, elles sont bannies de la société si elles ont un enfant hors mariage, etc.
Briser les interdits
Malgré ces injustices, les femmes ont fait avancer leur cause et toute la société par leur courage et leur ténacité, cela tient de l’exploit ! Pensons à Irma Levasseur, docteure diplômée aux États-Unis, mais interdite de pratique au Québec. Elle fonde l’Hôpital de l’Enfant-Jésus et, avec Justine Lacoste, l’Hôpital Sainte-Justine. Cette dernière, malgré sa formation ne peut l’administrer à cause de l’incapacité juridique des femmes. Laure Gaudreault fonde un syndicat pour les institutrices (aujourd’hui CSQ). Elle fonde aussi une association pour réclamer des revenus décents de retraite (aujourd’hui A.R.E.Q.). Léa Roback amène le syndicat à l’usine avec Madeleine Parent (emprisonnée par Duplessis). Éva Circé-Côté mène la lutte pour faire connaître les femmes comme des personnes et avoir accès au Sénat. Idola Saint-Jean amorce la lutte pour l’obtention du droit de vote. Thérèse Casgrain poursuit et obtient la reconnaissance des femmes comme personne en 1929, le droit de vote en 1940, le droit d’avoir le chèque d’allocation familiale à leur nom en 1945. Claire Kirkland, première députée ramène les droits juridiques en 1964. Vont suivre, Monique Bégin, Jeanne Sauvé, Albanie Morin, (Ottawa), Claire L’Heureux (juge).
De belles réussites du Québec comme le Mouvement Desjardins, les gâteaux Vachon et d’autres ont une femme comme fondatrice. Mais elles ne sont pas reconnues, système patriarcal oblige. Beaucoup de femmes ont eu de l’influence : Marie Gérin-Lajoie (mère et fille), La Bolduc, Simone Monet-Chartrand, Janette Bertrand, Lise Payette, Lise Bacon, Françoise Gaudet-Ruffo, Anne Hébert, Gabrielle Roy.
Mais les femmes avec leur famille continuent la marche pour faire avancer toute la société et contribuer à la fierté d’être du Québec.
Les Filles du Roy
Il faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur nom, face au fleuve, d’où elles sont sorties au 17e siècle, pour nous mettre au monde et tout le pays avec nous. 1
C’est ainsi que dans plusieurs pages, Anne Hébert nomme Mathurine Graton, Jeanne Gruau, Perrette Hallier, Barbe Dorange, Marguerite Lemerle, etc., et qu’elle se demande : Est-ce donc si difficile de faire un jardin, en pleine forêt, de l’entourer d’une palissade comme un trésor… pour qu’ensuite la France nous cède à l’Angleterre comme un colis encombrant? Qu’avons-nous fait de ces femmes pionnières ? Le manque d’intérêt des généalogistes pour leurs ancêtres féminines, non porteuse du patronyme transmis au fil des générations, est probablement en cause, souligne Yves Landry dans sa recherche. 2 Ce qui est certain et hors de tout doute, les Filles du Roy sont venues pour «faire des familles » comme le dit Marguerite Bourgeoys, et elles en ont fait.
Quelle langue parlaient-elles?
Comme bon nombre d’entres elles venaient de la région parisienne, l’Île-de-France, elles parlaient « le français du Roy». C’était la langue de la noblesse, du clergé, de l’administration. Et leurs maris venant d’autres régions (de même qu’une bonne partie des Filles du Roy non parisiennes) parlaient le breton, le normand, le poitevin, le lorrain, etc., comme une mosaÏque de langues. Elles ont sans nul doute influencé la langue de leurs maris et réciproquement ainsi ont contribué à l’implantation du « français langue du Roy » en concomitance avec les dialectes patoisants. Elles ont apporté leur créativité langagière : des mots comme abrier, batture, garrocher, tuque et bien d’autres qu’on appelle québécismes, ajoutés à des amérindianismes comme achigan, babiche, anorak, etc. À partir de la Conquête, sous le régime britannique, le français d’ici a abondamment emprunté à la langue anglaise, il faut bien le reconnaître.
Mais la descendance des Filles du Roy a engendré un peuple parlant français sur les rives du Saint-Laurent.
Elles en ont fait des familles
Il nous plairait ici de souligner la contribution de Marguerite Ténard, Fille du Roy, originaire de l’Île-de-France et qui épousa en 1666 à Ville-Marie, notre ancêtre, Charles Boyer. Il était engagé et travaillait pour Jeanne Mance et Marguerite Bourgeoys à l’édification de l’Hôtel-Dieu et de la chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours. Il va sans dire que cette union engendra une vaste descendance.
Les mères du français en Amérique
En plus de générer une vaste descendance, les quelque 700 Filles du Roy arrivées dans la colonie entre 1663 et 1675 lègueront à leurs enfants une langue maternelle riche et belle. Elles parlent un français dénué de régionalismes. Grâce à l’analyse fouillée d’une abondante documentation historique, analyse entreprise dès 1966 par le Programme de recherche en démographie historique de l’Université de Montréal, on sait aujourd’hui qu’au 17e siècle, la vallée du Saint-Laurent devint le berceau du peuplement français en Amérique. Plusieurs témoignages attestent la qualité du français parlé par les natifs de la Nouvelle-France. Ainsi, le suédois Pehr Kalm, en 1749 : …tous ici, tiennent pour assuré que les gens du commun parlent ordinairement au Canada un français plus pur qu’en n’importe quelle province de France et qu’ils peuvent même, à coup sûr, rivaliser avec Paris. Comme dit le proverbe : « Bon sang ne saurait mentir ! » Les jeunes Canadiennes ont joué très tôt un rôle essentiel dans la création de la société coloniale. J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire ces pages que j’en ai ressenti à rassembler bribe par bribe les éléments de ce récit.
Agathe Boyer, section Doris-Lussier
1. Anne Hébert, Le premier jardin, Seuil, 1988, p.103.
2. Les Filles du roi au 17e siècle, Orphelines en France, pionnières au Canada, p81
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